Albert Polart est le fils d’un employé de commerce demeurant à Amiens, 12 rue Chapeau-de Violettes.
Sa première formation artistique lui est dispensée à l’École régionale des beaux-arts d’Amiens que dirigeait Léon Delambre, directeur du musée. Il apprend ensuite le métier d’architecte et de décorateur auprès des architectes amiénois Anatole Bienaimé, Charles Billoré et Edmond Duthoit, et de Henri Bernard, à Compiègne, qui l'emploie comme dessinateur.
Il étudie les décors et monuments anciens, afin de nourrir son inspiration. Ainsi, il consacre des études graphiques minutieuses aux vitraux de l’église Saint-Denis d’Airaines, à la façade du bailliage d’Amiens et à une folie du XVIIIe siècle , dépendance du château de Berny-en-Santerre, détruite pendant la guerre. Après avoir été exposés au Salon des Artistes français, ces relevés sont achetés par la Société des Antiquaires de Picardie.
Il collabore avec Edmond Duthoit au chantier de la basilique de Notre-Dame-de-Brébières à Albert (Somme), qualifiée de "Lourdes du Nord" par le pape Léon XIII, détruite durant la Grande Guerre puis reconstruite à l’identique. En 1895-1897, il réalise les maquettes des mosaïques de la Vierge aux Agneaux, du Sacré-Cœur et du Saint-Joseph ornant les trois portails.
En matière d’architecture civile, il construit notamment en 1904 un hôtel particulier pour le sculpteur Henry-Louis Broise (1872-1955), au 96 avenue des Ternes (ou 5 avenue de Verzy) à Paris. Le sculpteur souhaitant un hall orientalisant, l’architecte s’inspire du palais de la Ziza, bâti au XIIe siècle à Palerme. Cet immeuble est décrit dans la plan local d’urbanisme de la ville de Paris (annexe 6 du règlement du PLU) :
Hôtel particulier de deux étages carrés sur rez-de-chaussée, construit en 1906 par l'architecte Albert-Jean Polart pour le sculpteur orientaliste Henry-Louis Broise. Sa demeure s'inspire du palais de la Ziza, construit au XIIe siècle à Palerme. L'architecture mélange avec bonheur ornements français, italiens et arabes sous des formes Art Nouveau. S'élevant sur quatre niveaux, cette villa de forme cubique, accueillait sur l'arrière un espace particulier : un grand salon pouvant servir d'atelier au maître des lieux. Les façades en brique ocre-rose s'élèvent sur un soubassement de pierres rustiquées. L'élévation est couronnée par un large entablement décoré d'une frise à motifs d'oranges et de branches d'orangers de Flandrin. Les grès sont de Gentil et Bourdet, les vitraux de Félix Gaudin et Lucien Miette. L'intérieur a été malheureusement dénaturé par une opération immobilière engagée en 1977 qui a conduit à scinder la Villa pour y créer des appartements indépendants. Le film "L'important c'est d'aimer" d'Andrej Zulawski, réalisé en 1974, conserve cependant l'image exceptionnelle du grand salon et de l'entrée.
A Lourdes, en 1921, il est chargé de l’édification du Monument de la Reconnaissance aux héros alliés morts pour leur patrie, inspiré des édifices du christianisme primitif conservés en Asie centrale. Haut de 28 mètres, faisant face à la basilique, il est construit en granit extrait de la montagne voisine. Un clocheton romano-byzantin le surmonte, qui renferme une statue de 2 mètres 85 de hauteur, représentant la Vierge de Lourdes en marbre rehaussé de mosaïques, sculptée par Firmin Michelet, auteur de la statue du maréchal Foch, inaugurée le 4 juillet 1926, à Bouchavesnes-Bergen, dans la Somme.
A l’intérieur, une crypte et une chapelle haute. La crypte est tapissée de médaillons en mosaïque d'or, commandés par les familles des soldats des armées alliées morts à la Grande Guerre, et sur lesquels sont inscrits le nom, la date et le lieu du décès. En août 1926, il y en avait 6 000, et elle était prévue pour en recevoir 30 000.
A l’extérieur, sur la plate-forme, un autel pour les cérémonies religieuses en plein air.
La base du mémorial est cantonnée des statues monumentales des « Quatre grandes épées » : saint Michel, Charlemagne, saint Louis et sainte Jeanne d’Arc. Aux angles de la corniche, des anges portant la couronne de la paix. Ces statues de Firmin Michelet ont été réalisées bien après l’achèvement du monument lui-même, en 1926.
Ce Panthéon des soldats alliés morts a été détruit en 1956 pour laisser la place à la basilique souterraine.
Albert (Somme) : basilique Notre-Dame-de-Brebières, mosaïques des portails
Architecture civile :
Paris : hôtel particulier, boulevard Pasteur (avant 1914)
Paris : hôtel particulier, Villa des Ternes (1904)
Paris : maisons de rapport, boulevard Montmorency (avant 1914)
Montrouge (Hauts-de-Seine) : imprimerie (avant 1914)
Lavardin ( ?) : villa (avant 1914)
Monuments commémoratifs :
Lourdes (Hautes-Pyrénées) : Monument de la Reconnaissance aux héros alliés morts pour leur patrie (1920-1926)
Caumont (Somme) : monument aux morts de la Grande Guerre
Le Crotoy (Somme) : monument aux aviateurs Caudron (sculpture A. Fossé)
Dol-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), cimetière : Tombeau d'Augustin Desrée, minotier (1916, sculpteur Corneille Theurifsen)
Restaurations :
Les Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône) : château du prince de Manville
Hesdin (Pas-de-Calais) : maison natale de l’abbé Prévost
Le Boisle (Somme) :église
Dompierre-sur-Authie (Somme) : château (manoir du XVe siècle)
Rosati Picards et N. Vivien, XVIe exposition. Aquarelles et études d’architecture de M. Albert Polart, Amiens, 11-21 octobre 1923, Amiens, Yves et Tellier, 1923, 10 p., ill.
Hôtel des Ternes à Paris : Article paru dans le numéro du 21 avril 1906 de la Construction moderne.
Sur le monument interalliés de Lourdes :
Jean-François Luneau, Félix Gaudin: peintre-verrier et mosaïste, 1851-1930, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2006. Notice sur Albert-Jean Polart p. 418.
La principale source de cet article étant le petit catalogue de l'exposition organisée par les Rosati Picards en 1923, mes renseignements ne vont pas au-delà de cette date.