Le 7 mai 1940, le président du conseil général, Anatole Jovelet, déclare close la première session ordinaire de cette année-là. Il n'y en aura pas de seconde. En effet, la loi du 12 octobre 1940 suspend les sessions des conseils généraux, et celle du 30 mai 1941 supprime les fonctions administratives qui étaient dévolues à ses membres.
La loi du 7 août 1942 en termine avec les conseils généraux en transférant à des conseils départementaux, dont les membres sont non pas élus mais nommés par arrêté du ministre secrétaire d’État à l'Intérieur, les attributions exercées par les conseils généraux.
Les 31 conseillers départementaux de la Somme (au lieu de 41 conseillers généraux) sont nommés par l’arrêté du 2 mars 1943. Ils seront 32 à partir du 5 mai et, sur ce nombre, 17 étaient précédemment conseillers généraux. Parmi les membres de l'ancien conseil général, six étaient alors décédés, et les deux communistes en avaient été exclus. « Parmi les survivants, quelques-uns ont décliné les propositions qui leur avaient été faites, en raison de leur âge, de leur état de santé ou pour d'autres motifs. » L'assemblée compte 31 conseillers au lieu de 41. car « le gouvernement a voulu réserver des sièges pour les prisonniers qui seront rapatriés. »
Tous les cantons ne sont pas représentés, notamment Corbie et Acheux. D'autres, comme Moreuil, ont plusieurs représentants. Enfin, « les intérêts agricoles sont plus largement représentés que dans l'ancien Conseil général. » (les passages entre guillemets sont extraits du Journal d'Amiens du 4 mars 1943).
Globalement, cette assemblée reprend les attributions que le conseil général exerçait antérieurement, mais elle ne peut émettre aucun vœu de nature politique. Les réunions ne sont pas ouvertes au public.
Le nouveau conseil départemental ne suscite pas beaucoup d'écho dans les journaux locaux. Le Progrès de la Somme annonce, dans un entrefilet paru le 6 mai 1943, que « le conseil départemental de la Somme se réunira pour la première fois le lundi 10 mai à 10 heures, à Amiens, pour la première session de 1943. Il sera procédé à l'installation des membres composant l'assemblée départementale. L'ordre du jour comporte l'examen du budget additionnel de 1943, ainsi que celui d'un certain nombre d'affaires. »
Au moment où se tenait la première session ordinaire du conseil départemental de l'année suivante, l'ordonnance du Gouvernement d'Alger du 21 avril 1944 portant organisation des pouvoirs publics en France après la libération, prévoit le rétablissement des conseils généraux. L'ordonnance du 31 mars 1945 relative au rétablissement de la légalité républicaine, entérine cette décision, et celle du 20 août 1945 prescrit la tenue des élections, qui ont lieu les 23 et 30 septembre.
La nouvelle assemblée, qui compte trois des anciens conseillers départementaux, tient sa session ordinaire le lundi 29 octobre 1945, soit cinq ans et cinq mois après la précédente session de mai 1940. Elle débute par un discours de Maurice Cuttoli, préfet de la Somme, département comptant 132.000 immeubles endommagés ou détruits pendant la guerre, soit un record national. Un chantier immense s'ouvre pour le département. Max Lejeune est élu président. Il le reste jusqu'en 1988.
Les conseils généraux sont donc nés de la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), loi fondatrice de l’organisation administrative territoriale, divisant la République en départements, eux-mêmes divisés en arrondissements.
Cette loi instaure, dans chaque département, un préfet, secondé par un conseil de préfecture et un conseil général de département, et un sous-préfet dans chaque arrondissement, secondé par un conseil d’arrondissement. Le conseil de préfecture est une juridiction administrative. Le conseil général est chargé essentiellement du vote du budget et de la répartition des contributions directes entre les arrondissements, ou répartement, les conseils d’arrondissement étant chargés de leur répartition entre les communes, ou sous-répartement.
Le conseil de département était dit « général », afin de rendre compte de la hiérarchie existant par rapport aux conseils d’arrondissement. Les conseils d’arrondissement ayant sombré peu à peu dans le néant pour disparaître en 1940, opérer cette distinction ne faisait plus sens dès cette époque.
Albert Rousé, député, maire de Doullens,
conseiller général, en campagne
pour les cantonales de 1904
(Le Petit Doullenais, 30 juillet 1904).
En 1800, le département de la Somme est divisé en 41 cantons et 5 arrondissements. Son conseil général compte 24 membres, nommés par le premier Consul. Les conseillers ne sont pas liés à un canton. Cette situation perdure jusqu'en 1833.
De 1833 à 1848, les conseillers sont élus au suffrage censitaire. Il ne peut y en avoir plus de 30 par département. Si le département compte plus de 30 cantons, certains sont réunis pour former le total des 30 circonscriptions électorales. Ainsi, dans la Somme, Ailly-sur-Noye et Moreuil, Bray et Chaulnes, Hornoy et Oisemont, Ailly-le-Haut-Clocher et Nouvion-en-Ponthieu sont réunis et ne votent que pour un seul conseiller.
A partir de 1848 et jusqu’en 2015, chaque canton élit son conseiller général, au suffrage universel. Il y a donc 41 conseillers, jusqu’en 1973.
Les quatre cantons d'Amiens étant trop peuplés par rapport aux cantons ruraux, un décret, du 13 juillet 1973, en double le nombre. Un nouveau canton naît en 1985 - au même motif, celui de Friville-Escarbotin, issu de la scission du canton d’Ault. On en arrive alors au chiffre de 46, en vigueur jusqu'au 29 mars.
Les raisons pour lesquelles on regroupe les cantons aujourd'hui sont les mêmes que celles qui, à cette époque, ont amené à la décision d'en créer de nouveaux : l'équilibre démographique. Quelle est la logique ? A propos, il est intéressant de noter que la population du département est passée d’environ 497.000 habitants au début du XIXe siècle à 570.000 aujourd'hui, soit une évolution insignifiante, tandis que le nombre des conseillers a presque doublé. Est-ce normal ?
Ce qui précède prouve une chose : on peut faire dire ce qu'on veut aux chiffres. Un conseil général de 1800 n'avait pas du tout les mêmes attributions que maintenant. Aujourd’hui, les départements gèrent l’aide sociale, la voirie départementale, les transports, les collèges, les archives départementales, la bibliothèque départementale, etc. (pour plus de détails, voir cet article). Au départ simple assemblée consultative placée sous la coupe du préfet, sans personnel ni moyens propres, elle en est devenue indépendante avec la décentralisation.
On peut donc se demander pourquoi les conseils généraux n'ont pas été renommés plus tôt, et pourquoi le nombre des cantons n'a pas diminué avant 2015, puisque les raisons de le faire existaient depuis longtemps...
Pour une liste des conseillers généraux de la Somme de 1800 à 1940, consultez le répertoire des archives de la sous-série 3 M (élections), des archives départementales de la Somme.